Comment raconter une ville ?
Lorsque Béatrice m’a appelée ce matin-là, je ne connaissais pas Juziers.
Même pas de nom.
« C’est une ville des Yvelines, à 40km de Versailles, j’y suis conseillère municipale. Beaucoup de familles s’y sont installées après le COVID, mais personne ne les connait et elles ne savent rien de Juziers… Comment leur faire découvrir la ville et que tout le monde fasse connaissance au sein de la commune ? Nous avons à Juziers un conseil municipal des enfants, ils ont environ 10 ans, est-ce que vous pourriez leur proposer un événement qui pique leur curiosité et les implique dans la vie culturelle de la commune ? ».
Chercher avant d’inventer
Le lendemain, me voici matinale à la gare Paris Saint-Lazare, direction Juziers !
57 minutes de trajet plus tard, je découvre défiler par la fenêtre du train les premières maisons… De jolies maisons en pierres apparentes, nichées à flanc de coteaux. C’est verdoyant, bucolique et charmant, Juziers.
Béatrice me fait signe sur le quai, le top départ est donné pour une journée d’immersion étonnante au cœur de la commune, une terre encore inconnue, pour moi comme pour les familles nouvellement installées.
À la fin de cette journée, mes jambes avaient parcouru 10 kilomètres, mes bras avaient pris trois coups de soleil… et ma tête débordait déjà d’histoires. J’étais la gardienne des secrets de Juziers, riche de sa grande histoire, ainsi que de ses anecdotes amusantes !

Je suis montée. Descendue. Remontée. Redescendue.
Le patrimoine juziérois sait se faire désirer avant de se laisser admirer…
Aucune ligne droite, aucune voie plate, mais à chaque destination, la joie d’atteindre une pépite patrimoniale !
J’ai aussi fait en chemin la connaissance de 4 femmes singulières… Rose, l’altruiste républicaine. Janine, la mystérieuse « dame courbée au chapeau ». Simone, l’érudite courageuse. Et Berthe, l’artiste peintre à succès.
Et puis j’ai presque marché sur l’eau. Juziers offre tellement de kilomètres de berges éblouissantes ! À force de les arpenter, j’entendais résonner sur la Seine les rires des canotiers et des familles qui pique-niquaient le week-end sur ces berges au début du siècle. Je commençais à rêver toute éveillée. L’effet « Juziers » !
Dans le train du retour, j’avais le sourire et des images plein la tête. J’ai pris mon carnet et dessiné la carte postale d’une chasse au trésor sur mesure imaginée par notre agence événementielle… Bienvenue au cœur « des Trésors de Juziers » !

Assembler le puzzle
Comment raconter Juziers ?
Je crois qu’aucune présentation ne vaut l’expérience.
J’ai la conviction qu’une ville s’apprend mais surtout qu’elle se ressent, qu’elle se joue, qu’elle s’étonne, qu’elle s’enthousiasme… En résumé qu’elle se vit pour laisser à celui qui l’appréhende une trace mémorable, et lui offrir une porte d’entrée accueillante pour la découvrir. Pour cela, j’aime questionner son sens, ses choix, ses évolutions, parce qu’à l’origine de ses mouvements, il y a toujours ses habitants, ses artistes, ses bâtisseurs, ses cultures, ses métiers emblématiques, tout ce qui fait qu’une ville est singulière et qu’elle est unique.
Donc je creuse.

De retour à Paris, j’ai étalé sur mon bureau et punaisé aux murs des photos, des portraits, des chemins, des plans, des articles, tout ce puzzle qui donnait corps à 4 consonnes et 3 voyelles. J’ai regardé l’ensemble en me demandant « Qui es-tu, Juziers ? Quelle histoire mérite d’être racontée à ton sujet ? Quelle histoire susciterait l’envie de venir te découvrir en famille ? ».
Deux choses m’ont interpellée plus encore que les autres durant ma visite. D’abord la beauté des berges et de la Seine qui semblaient sorties tout droit d’un tableau impressionniste, et qui étaient il y a un siècle – tout comme aujourd’hui – un haut lieu de la vie locale et culturelle.
Ensuite il y avait Janine Vins. Elle m’avait intriguée.
Cette ancienne habitante de Juziers avait légué ses biens à la ville pour une valeur de 2,4 millions d’euros ! Sa maison et son jardin sont aujourd’hui utilisés par la commune pour des activités collectives. Qui était Janine Vins ? Quelle avait été sa vie, d’où venait sa fortune, pourquoi un tel legs… J’avais peu de réponses à mes questions et le mystère avait piqué ma curiosité…
Il est alors apparu évident que le point de départ de cette histoire serait la Seine et que son point final serait… le jardin de Janine Vins.

Quand le carnet s’ouvre
Un mois s’est écoulé depuis ma première visite à Juziers.
J’y suis retournée pour explorer davantage l’église Saint-Michel. Je suis tombée sous le charme de sa tourelle d’escalier du XIIe siècle, caractéristique des débuts de l’art gothique. J’ai poussé la porte, levé les yeux… et découvert dans son chœur des trésors étonnants…
J’ai bien sûr terminé mon second périple dans le magnifique jardin de Janine Vins que j’ai arpenté en tous sens jusqu’à y dénicher LA cachette du trésor ! Celle qui enthousiasmera les plus exigeants des chasseurs en herbe !
Dans le train du retour, cette fois encore, mon carnet s’est ouvert tout seul. Quelques esquisses plus tard, une mystérieuse carte était née…

Un nouveau mois d’écriture est passé et aujourd’hui je vais récupérer chez l’imprimeur le carnet de route des Trésors de Juziers…
J’ai hâte de le feuilleter comme une histoire que je découvrirai pour la première fois ! J’espère retrouver la joie de découvrir cette histoire même si j’en connais par cœur le contenu. Si je suis embarquée, je sais que les participants le seront davantage. Et je veux que cette chasse au trésor commence par l’enthousiasme ! Que les participants se disent « Je ne m’attendais pas du tout à ça… Il est beau ce carnet… Vite, on se met en route ! ».
Le secret d’une chasse mémorable : de l’enthousiasme, encore de l’enthousiasme, toujours de l’enthousiasme ! Le mien pendant sa création. Le leur pendant l’aventure.

Je l’ai.
Je l’ouvre.
Et tout le monde est là : Rose qui ouvre le bal, l’étrange oiseau, les 300 pieds de vigne replantés au même endroit qu’au XVIIIème siècle, la cabine téléphonique londonienne, les clés de la ville, les 43 sentes, les meulières jumelles, ce poirier découvert par un curé, les portraitistes, la Seine qui déborde, les marronniers qui s’étalent, le château qui se métamorphose en école, Janine bien sûr… 20 énigmes, 4 défis et des diamants introuvables !


Le grand départ
Nous y sommes.
11h. L’heure du départ a sonné, les premiers aventuriers lèvent les yeux de la couverture et s’exclament à la lecture de l’énigme n°1… « Vite, on va jusqu’à la mairie ! », les premiers cris de joie des enfants retentissent 50 mètres plus loin !

La première énigme a libéré les dernières timidités. Les réponses fusent et les rires éclatent sous le regard amusé des parents. Première victoire d’une longue série, célébrée par les cris de joie des enfants !
Pas le temps de s’attarder, la première équipe dévale la pente, le ton d’une chasse effrénée est donné ! Au bout de l’allée, l’oiseau d’acier, symbole de Paix, déploie ses ailes en attendant les premiers participants, petits et grands. Autour de l’oiseau, la deuxième danse de la joie est entamée ! Quand une maman rappelle à l’équipe en riant « Il y a 20 énigmes à résoudre, gardez de l’énergie les enfants ! ».
De l’énergie…
Pour atteindre les vignes de Juziers…

Pour élucider les nombreux mystères à percer…
Comme celui du mot secret récupéré dans ce biblio’phone so british, clin d’œil au jumelage de Juziers avec un village anglais.
Quand tout à coup, un premier silence s’est installé…
Quelle direction prendre à présent ?
À gauche, vers la gare ?
À droite, on emprunte la montée ?
L’énigme nous emmène sur les traces d’un poète célèbre pour ses 243 fables…
– « Papaaaaaaa, on a besoin d’aide !! C’est QUI ce poète ?!? »
« Papa » se prend au jeu et commence à réciter Le Corbeau et Le Renard…
– « Ah ouiiii, c’est la rue de La Fontaine ! » s’écrit Maya. Adèle et Olivia réfléchissent, se regardent, puis acquiescent dans un grand sourire ! C’est reparti !

(Re)faire connaissance
Au fil des énigmes, quelque chose change.
Les conversations ne tournent plus seulement autour de la réponse à trouver, mais aussi de ce qui nous entoure. On ne marche plus seulement, on observe…
Les enfants lèvent les yeux. Les parents aussi.
Les premiers cherchent un trésor, les seconds redécouvrent leur commune.
Tout à coup, Juziers ne ressemble plus tout à fait à la ville que l’on croyait connaître. Pour tous, Juziers est devenu un personnage, avec son humour, ses mystères, ses vignes, ses artistes, ses rues, ses autres équipes.
Bonjour Juziers, enchantés de faire ta connaissance !

Ne pas perdre le Nord
Arrivée au lavoir des Aulnaies, une famille s’arrête. La maman relit l’énigme une troisième fois.
La tante observe les alentours. Les enfants, eux, sont déjà partis inspecter un muret, persuadés d’avoir trouvé quelque chose.
– « Venez voir ! Je crois qu’on a trouvé ! »
Les deux femmes échangent un regard. Quelques secondes plus tard, tout le monde se retrouve autour d’un détail qui serait probablement passé inaperçu un autre jour. Et, comme souvent aujourd’hui, les enfants ont raison !
Une nouvelle énigme est résolue, la chasse peut continuer !

Les cartes circulent. On les plie, on les déplie. On compare un dessin avec un paysage. On pointe une fenêtre, une vieille pierre, une inscription presque effacée.
Il y a dix minutes, personne ne les remarquait. Maintenant, tout le monde les cherche !
Tout comme les équipes, les débats familiaux vont bon train…
– « Je suis sûr que c’est cette rue ! »
– « Non, regarde la carte ! »
– « Mais l’indice parle d’une montée… »
Pendant quelques minutes, chacun défend sa théorie.
Mais à mesure que les équipes progressent, les certitudes disparaissent. Les itinéraires se croisent, les hypothèses aussi. On aperçoit au loin une autre famille qui semble avoir trouvé quelque chose, on accélère le pas.
Puis on comprend qu’elle s’est trompée. Retournons à la précédente intersection.

Aujourd’hui, il n’y a plus de spectateur en ville, Juziers compte 4000 explorateurs !
Douter pour avancer
Le silence s’installe… On replie la carte, on rouvre le carnet de route. L’énigme est relue. Une fois. Deux fois.
Les regards se croisent.
– « On a forcément raté quelque chose… »
L’hypothèse est lancée…
– « Vous êtes sûrs de la réponse au rébus ? »
– « On a répondu… La Loupe du Marais »
– « Mais on cherche le nom d’un lieu… ça n’existe pas la Loupe du Marais… »
SILENCE RADIO… « Houston, on a un problème »
On regarde à nouveau le rébus…

Chacun avance alors sa théorie. Les adultes raisonnent, les enfants imaginent.
C’est quoi exactement cette 2ème image ? On la regarde de plus près cette fois…
Un des enfants s’arrête net.
– « Attendez… ça peut être VOIR ? »
Tout le monde se tait.
Puis…
– « Le LA-VOIR DUMAS RAIE ??? Il faut aller au LAVOIR du Marais ! »
Cette fois, on tient une nouvelle piste.
Le déclic

Tout le monde se met à courir. Les cartes disparaissent.
Les enfants ouvrent la marche.
Les parents suivent.
On tourne au coin de la rue.
On dévale la pente herbeuse.
Plus que 30 mètres.
Le lavoir apparaît.
Silence.
…
– « Là ! »
Faites une pause inspirante. Le temps d’un petit cocktail culturel en flânant sur We love…

